L'affaire du Bismarck ( 18-27 mai 1941 )

La photo la plus célèbre du plus célèbre cuirassé: Le titanesque Bismarck.

"Coulez le Bismarck". Par cet ordre péremptoire de Winston Churchill, qui donna lieu à un film au titre identique, la moitié de la Royal Navy fut dépêchée toutes affaires cessantes - y compris les convois de l'Atlantique -, venus d'Ecosse, du Firth of Forth, mais aussi de la côte est de l'Angleterre, ou même de Gibraltar. Toutes ces forces contre un seul navire: Le cuirassé Allemand Bismarck. C'est dire que la menace qu'il représentait pour le "vieux lion", bien renseigné par ses attachés navals.

Tout commença par le projet, au sein de l'état-major de la Kriegsmarine sous le patronage de l'amiral Raeder, de doter l'Allemagne d'un cuirassé véritable, depuis le blanc-seing accordé par la Grande-Bretagne en 1936, qui à l'époque cherchait à amadouer le maître du IIe Reich en lui permettant de bâtir une flotte au tonnage représentant 25% de la Royal Navy. Balayant d'un revers de la main le traité de Versailles, notamment l'interdiction de construire des navires de plus de 10 000 tonnes, qui à priori interdisait les cuirassés, Hitler et Rader mirent sur pied un programme très ambitieux visant à rendre à l'Allemagne la force navale qu'elle avait eu en 1914, alors au second rang mondial. Mais pour y parvenir, un long chemin était à prévoir, et le plan ne devait trouver d'accomplissement que dans le courant des années quarante.

Le premier jalon de ce plan, après les brouillons que représentaient les croiseurs de bataille de la classe Scharnhorst, fut les quatre cuirassés de la classe Bismarck, dont seuls les deux premiers furent achevés. Ils furent mis sur cale dès 1937 et on envisagea dès les cartons à dessin un tonnage bien supérieur aux 35 000 tonnes permis par le traité de Washington, toujours en vigueur. Par l'artillerie comme par l'architecture générale, le Bismarck et son jumeau le Tirpitz ne furent que des copies très améliorées et modernisées des Bayern de 1917. Par leur vitesse, la portée de leurs pièces, la précision de leurs appareils télémétriques doublés de radars ultra modernes, le tout bien servi par une protection quasi invulnérable, les deux cuirassés étaient un nouveau jalon en la matière. Lorsque le Bismarck, dont le lancement intervint en 1938, fut connu des Britanniques, ceux-ci s'enquirent des moyens de lutter contre un tel navire.

Le Bismarck procédait en effet d'une philosophie nouvelle, développée en réponse à la pauvreté d'effectifs de la marine Allemande. Autant les trois croiseurs de poche de la classe Graf Spee étaient conçus pour surclasser n'importe quel croiseur, autant le Bismarck était un navire de supériorité navale, fait pour surclasser n'importe quel adversaire, y compris les derniers cuirassés rapides. Son but n'était en principe pas de s'intégrer à une ligne de combat en vue d'un engagement classique, en ligne et en nombre contre la flotte Anglaise, mais de pouvoir opérer en corsaire contre les convois ennemis, avec la différence qu'il pouvait réduire au silence son escorte sans être inquiété. Contre ce bâtiment en effet, la Royal Navy ne disposait pas de cuirassés assez rapides ni dotés d'une artillerie à la portée suffisante pour l'attrapper et le détruire. Seule une attaque par le nombre, une véritable chasse à courre, en le ralentissant par des attaques aériennes répétées - selon la tactique classique déjà mise en oeuvre avec succés en méditerranée - pouvaient en venir à bout.

Or le 18 mai 1941, le cuirassé avait achevé des essais et ses exercices de tir avec succés, jusqu'ici bien protégé en Baltique. Mais à présent, Hitler comptait sur lui pour mettre à mal les convois de l'Atlantique et définit l'opération Rheinübung. Le Bismarck appareilla donc de Gdynia, portant la marque de l'amiral Lütjens, en compagnie du croiseur lourd Prinz Eugen. Dès sa sortie de Gdynia, les Britanniques étaient sur le qui-vive. A la nouvelle que le navire avait été aperçu passant le détroit du Skaggerak, à l'est du Danemark, fermant la Baltique, la RAF, le Coastal Command et la Fleet air Arm furent mises en alerte maximale: Il s'agissait avant tout de garder un contact permanent sur le goupe de combat Allemand. Le 20 mai en effet, par une visibilité médiocre, les deux navires franchissaient le détroit et se dirigeaient vers le port de bergen, au sud-ouest de la Norvège.

Royal Navy   Kriegsmarine  
Amiral John Tovey, Vice-Amiral Holland   Amiral günther Lütjens  
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Le 21 mai, le Bismarck et son escorte sont repérés à Bergen par la RAF. Un PC opération est monté depuis Londres, et l'ordre est donné à la flotte de Scapa Flow de se déployer. La Home fleet est sur le pied de guerre. Pour rejoindre l'Atlantique, quatre routes sont possibles en considérant les îles au nord de l'écosse. John Tovey doit pouvoir disposer des moyens de barrer le passage au groupe Allemand avec toutes les forces disponibles. Aussitôt, on mobilise les cuirassés en pleine escorte, et venant de Scapa flow sont envoyés le Hood et le Prince of Wales, escortés par 6 destroyers, de même que le King Georges V, le porte-avions Victorious, le croiseur de bataille Repulse, les croiseurs lourds Norfolk et Suffolk et 6 autres destroyers, ces derniers patrouillant au large de l'Islande. Les premiers navires à partir sont en pleine nuit, à 0h52, le Prince of Wales, le Hood et 6 destroyers sous les ordres du vice-amiral Holland. Le Hood était un "vieux garçon" célèbre, qui n'avait depuis son lancement jamais connu autre chose que les exercices d'escadres, tandis que le Prince of Wales était le second cuirassé rapide de la classe King Georges V, tellement neuf que ses tourelles secondaires n'étaient pas encore pleinement opérationelles et sa peinture inachevée: Il appareilla en catastrophe au point que les ouvriers civils du chantier qui étaient à bord n'eurent pas le temps de débarquer.

Toute la journée du 22, les reconnaissances se succèdent. En,fin, le soir, à 20h00, un avion informe Tovey que les deux navires Allemands ne sont plus à Bergen. Le 23 mai au matin, l'escadre de Tovey est au complet avec le King Georges V, le Repusle, et le Victorious. Pendant ce temps, le Bismarck et le Prinz Eugen faisait route pleine puissance vers le Nord-ouest en vue de passer au nord de l'Islande. A 12 heures, ils ont contourné l'île en plaine mer du fait des champs de mines anglais sur les côtes et redescendent vers le sud et la route des convois. Le temps est limpide, et les deux bâtiments sont suivi au radar par le Suffolk qui à 19h22 communique sa position. A 20h22, exactement une heure plus tard, le Norfolk à son tour prend contact. Le Bismarck va alors virer de bord et ouvrir le feu contre le Suffolk et ce dernier se dérobe rapidement, n'étant pas de taille. Il poursuivra son contact par radar. Lütjens qui se doute que sa position est connue et que la Royal Navy est mobilisée contre lui se demande s'il ne vaut mieux pas rebrousser chemin, mais étant trop engagé, décide de poursuivre sa route au sud.

Le 24 mai allait se livrer la bataille la plus courte mais la plus impressionante de la guerre, au large de l'Islande, bataille dite "du détroit du Danemark". Ce matin très tôt, le brouillard s'était levé. la mer était encore formée, le plafon bas, mais la visibilité était largement supérieure. A 5h25, les hydrphones du Prinz Eugen captèrent le son se rapprochant de deux bâtiments importants à babord. A 5h37, à 35 000 un bâtiment d'abord analysé comme un croiseur fut aperçu. A 5h43, un second bâtiment, tujours pris pour un croiseur lourd était aperçu par le Prinz Eugen et le chef canonnier décidait en conséquence de faire charger ses pièces avec des obus hautement explosifs. Il s'agissait en réalité du groupe formé par le Hood et le Prince Of Wales, arrivant à 28 noeuds. Le Vice-amiral Holland connaissait les faiblesse de son bâtiment amiral, mal protégé et doté de pièces de portée moindres que celles du Bismarck. En conséquence, il fit le choix de se rapprocher très vite des deux navires Allemands.

Toutefois les Britanniques qui voyaient le Prinz Eugen en tête, le Bismarck étant à un mile derrière, ils crurent qu'il s'agissait du cuirassé Allemand. La méprise était attendue: Les deux navires avaient une silhouette très voisine. Lorsque la méprise fut relevée, on ordonna aux canonniers de changer de cible, mais seul le Prince of Wales engagea le Bismarck. Avec 10 pièces de 343 mm il avait l'avantage du nombre mais ni celui de la portée ni du calibre. A 5h52, les deux navires Anglais ouvrirent le feu à 23 000 avec leurs pièces avant seulement, du fait de leur angle d'approche inadéquat. Toutefois dès la prmière salve, le POW ( Prince of Wales ) souffrit d'un problème mécanique sur la tourelle quadruple N°1 et dût la mettre temporairement hors-service. Ses tirs mal ajustés par des officiers de tir inexpérimentés tombèrent trop loin du Bismarck. De son côté les deux premières salves du Hood tombèrent trop court en visant le Prinz Eugen.

Pendant ce temps, l'officier de tir du Bismarck demandait plusieurs fois la permission à la passerelle d'ouvrir le feu, sans réponse. Le Prinz Eugen était à portée encore insuffisante pour répliquer. A 5h54, le Vice-amiral Holland fit orienter ses navires en parralèle à ceux des Allemands pour bénéficier de toute leur artillerie. Ceci permit aux télémétristes du Bismarck d'identifier le Hood et le prince Of Wales et d'agir en conséquence. A 5h55, le Bismarck, suivi du Prinz Eugen ouvrirent le feu à leur tour à 20 000 mètres. A 5h56, la cinquième salve du POW tomba encore trop long, mais un impact direct fut enregistré lors de la suivante, à l'arrière du Bismarck au niveau de la poupe, laissant derrière lui une traînée de mazout tandis que le Prinz Eugen enregistra avec ses 203 mm un coup au but sur le Hood au niveau du mâts arrière, déclenchant un grand incendie. Les deux bâtiments Allemands concentraient jusque là leurs tirs sur le Hood mais Lütjens ordonna rapidement au Prinz Eugen d'ouvrir le feu sur le POW, tandis que l'artillerie secondaire du Bismarck faisait de même, son artillerie principale engageant toujours le Hood.

A 6 heures du matin, la distance était tombée à seulement 16 000 mètres. Le Prinz Eugen avait même lêché trois torpilles par le travers, sans résultat. C'est alors que survint l'évênement-clé de la bataille: Alors que les deux bâtiments Anglais se présentaient cette fois presque parfaitement de profil afin d'engager leur artillerie arrière, un ou plusieurs obus de 380 mm du Bismarck pénétrèrent le magasin à munition arrière du Hood. il s'ensuivit une explosion cataclysmique d'une hauteur hallucinante ( près de 600 mètres ), une colonne de feu, de fumée et de débris qui résonna dans le lointain et dont la déflagration fit - d'après leur description - vaciller les matelots Allemands sur le pont des deux navires. Le plus grand bâtiment du monde pendant près de 20 ans, fierté de la Royal Navy, s'était coupé en deux et sombrait rapidement. Trois survivants du Hood furent repêchés trois quart d'heure plus tard par le destroyer Electra et débarqués à Reykjavik. A bord du POW c'était la consternation. Le vice-amiral Holland avait péri avec son navire, et le cuirassé Anglais était privé de l'usage de sa tourelle principale avant.

Aussi lorsque les canons du Bismarck se retournèrent contre ce dernier, l'affaire paraissait très mal engagée. Les civils embarqués bien malgré eux à bord du bâtiment étaient livides, terrifiés. Le POW avait viré de bord pour passer derrière la coque en feu du Hood qui sombrait, s'éloignant prudemment des navires Allemands tout en répliquant avec ses 6 pièces de 343 mm opérationelles. A 6h02, un obus du Bismarck entra dans la passerelle du POW, tuant tout les officiers de pont sauf le commandant Leach, sauvé par miracle. Les bâtiments Allemands s'étaient rapprochés du POW à 14 000 mètres seulement et toutes leurs pièces, 8 de 380, 8 de 203 et 6 de 152 mm et même les 24 de 105 mm AA crachaient le feu. Leach, retrouva ses esprits et ordonna immédiatement d'envoyer un écran de fumée et de faire retraite. Le cuirassé anglais flambant neuf avait alors encaissé 4 impacts du Bismarck et trois du Prinz Eugen et était en très fâcheuse posture. Même le poste de télémétrie arrière du POW était HS, aussi c'est au jugé que l'officier de tir de la tourelle arrière du cuirassé Anglais faisait feu sans enregistrer de résultats. Sa vitesse étai tombée et Leach se voyait déjà rattrappé et détruit lorsque à 6h09 l'incroyable se produisit: Lütjens décida de rompre le combat et d'arrêter la poursuite.

Ce répit inespéré permit à Leach de s'éloigner avec son bâtiment sain et sauf. Ce dernier en sera quitte pour de longues réparations et connaîtra un sort funeste en extrême-Orient en décembre. Lütjens continait sa route vers le sud-ouest. Il informa l'état-major qu'il allait rejoindre Saint-Nazaire pour y effectuer des réparations tandis que le prinz Eugen qui n'avait subi aucun coup au but continuerait la mission et s'attaquerait aux convois. A 9h50, le commandant Brinkmann du Prinz Eugen reçut l'ordre de passer sur l'arrière du Bismarck pour évaluer sa fuite de mazout. Toutefois, la veille de l'escadre Allemande était toujours active, avec le Suffolk à tribord et le Norfolk et le POW à bâbord. A 12h40, l'escadre Allemande infléchissait sa course plein sud dans le but de gagner l'atlantique central puis ensuite d'obliquer plein est en direction des côtes Françaises. Le 24 mai, c'était l'indignation à Londres: Toutes les manchettes de journeaux affichaient en une la destruction de l'orgueil national, le Hood. Le coup était rude et devant Churchill, la chambre des communes était déchaînée. L'amirauté, sermonnée par Churchill, depuis le terrible message du POW le 23 au matin, se vit obligée de faire cesser à tous les bâtiments de ligne leurs missions d'escorte prévue pour se joindre à la rencontre du Bismarck.

A ce moment du fameux "coulez le Bismarck!" ordonné par un Churchill furibond, le Rodney qui escortait le Britannic était le premier à partir, à 10h36 depuis la côte est de l'Irlande avec 4 destroyers. Le commandant Dalrymple-Hamilton reçut l'ordre formel de se séparer au besoin du transport de troupes, en ne lui laissant qu'un destroyer d'escorte. Le cuirassé Ramillies, plus ancien, qui escortait le convoi HX127 fut également dérouté afin de faire route au sud-ouest. Enfin à 15h00, le Revenge mis en état d'alerte prit également la mer à Halifax. Le 24 mai, à 14h20,la décision était prise et le Bismarck envoya en morse au Prinz Eugen à 18h40 l'ordre de rompre la formation, tandis que le Birmarck faisait route au sud-sud-est. La diversion permettrait au Bismarck, lancé à pleine vitesse, de rejoindre la France pour le 26. Au nord, de nombreux bâtiments de ligne étaient partis en chasse. Lütjens espérait que le Bismarck attirerait le gros de ses poursuivants sur un piège: 6 U-Bootes positionnés au large du golfe de gascogne. En faisant route au sud-sud-est, le Bismarck se rapprocha rapidement du Suffolk. Ce dernier se vit bientôt encadré par des tirs du Bismarck. De 18h30, l'échange avec le croiseur Anglais, qui eut tôt fait de se retirer sous un écran de fumée se fit avec le POW, qui restait sagement à distance, à bâbord du Bismarck et s'acheva à 18h56. Le Suffolk passa sur l'arrière du Bismarck et rejoignit le Norfolk et le cuirassé Anglais.

A 20h56, la situation du carburant embarqué par le Bismarck devenait préoccupante: Toujours à pleine puissance, ce dernier n'avait à présent plus la possibilité de rejoindre ses ravitailleurs et était obligé de faire route toujours au sud et non en direction de la France, pour éviter de se mettre en "T" par rapport à ses poursuivants. Les U-bootes reçutent l'ordre de couvrir le Bismarck sur sa nouvelle route. Une menace approchait cependant: L'escadre du contre-amiral Alban à bord du porte-avions Victorious accompagné par quartre croiseurs légers. A 22h10, le Bismarck faisait route à 25 noeuds. Les 9 sworfish du Victorious décollèrent pour tenter de le couler, suivis à 23h00 et minuit par des Fulmar. Le Sworfish de tête commandé par Esmonde était doté d'un radar qui enregistra la cible attendue. L'escadrille Britannique se prépara alors au torpillage alors que le soleil avait disparu, mais au lieu du Bismarck ce fut le garde-côtes USS Modoc qui était tout proche et faillit être pris pour cible. A ce moment le cuirassé Allemand aperçut les avions et ouvrit le feu avec son artillerie AA à longue portée, tout en augmentant la vitesse à 27 noeuds. Vers minuit, les Sworfish s'étaient mis en position d'attaque. Ils reçurent du Bismarck un véritable feu d'enfer, car non seulement toute son artillerie antiaérienne ouvrait le feu, des 105 aux 20 mm, mais également les 152 et même les gros 380 mm.

Bravant le mur d'acier, les aviateurs britanniques larguèrent leurs torpilles, que le Bismarck évita toutes en manoeuvrant avec adresse, sauf la dernière, qui vint exploser au niveau de la ceinture tribord. Le Bismarck n'enregistra donc aucune voie d'eau, mais la déflagration tua un matelot et en blessa six autres. A 2h30 du matin, les sworfish revinrent tous au Victorious pour apponter: Aucun n'avait été descendu. La vitesse du Bismarck fut cependant redescendue à 16 noeuds pour permettre quelques réparations, et à 1h30 du matin, le Prince of Wales ouvrit le feu à 16 000 mètres. Le Bismarck répliqua, sans que les deux protagonistes n'enregistrent de coup au but. A ce moment, le moral était au plus haut à bord du bâtiment Allemand et l'équipage fêtait l'anniversaire de l'amiral qui avait ce 25 mai, 52 ans. Ce dernier se sentait également en totale confiance et essaya de profier de l'obscurité pour semer ses poursuivant en une manoeuvre hardie: A 3h06, il fit obliquer son navire plein ouest, puis entamer un 180° afin de passer derrière les navires Anglais. A 4h01, la manoeuvre avait réussi, grâce notamment à l'absence du Suffolk à tribord, et le vice-amiral Wake-Walker dût annoncer le fameux "contact lost" à l'amirauté par TSF.

A présent le Bismarck avait semé ses poursuivants et était devenu invisible, mais plus encore, faisait route directement sur Saint-Nazaire, au sud-est, de nouveau à 27 noeuds. Paradowalement, Lütjens croyait que les Britanniques le suivaient toujours et l'annocça par radio. Il fut informé, mais trop tard par le PC opération ouest de la Kriegsmarine, que ce n'était plus le cas. Trop tard, car le premier message du Bismarck à 9h00 avait été capté et de ce fait permit aux Britanniques de calculer par trigonométrie sa nouvelle position approximative. Après cela, le Bismarck garda le silence radio. Celà n'empêcha pas vers 11h00 Lütjens de faire par interphone un discourt à ses hommes pour leus siginfier leur glorieux fait d'armes contre le Hood, mais également qu'en infléchissant sa course vers un port français ils seraient probablement ntercepté par la Royal Navy et devrait livre bataille. Il termina son discourt pas un vibrant "la victoire ou la mort!". Peu après, vers 16h25, il reçut de Hitler en personne de nouveau un bon anniversaire et des félicitations pour son exploit contre la Royal Navy. Par ailleurs l'équipage reçut l'ordre de construire une second cheminée factice derrière la première pour tromper l'ennemi, ainsi que de peindre en jaune le dessus des tourelles.

A 3h00 du matin le 26, un catalina du Coastal Command décollait de l'Irlande et localisa le cuirassé à 10h10 au moment de faire demi-tour. Assailli par la DCA du géant, il encaissa un schrapnell et dût manoeuvrer pour échapper aux tirs, après avoir largué ses deep-charges. A ce moment, l'amiral Tovey ne pouvait compter que sur le king Georges V et le Rodney, bien trop au nord encore, et qui ne pouvaient faire route à pleine vitesse afin d'économiser leurs réserves de mazout déjà bien entamées. Il ne restait désormais plus qu'un espoir à l'amirauté pour intercepter le Bismarckk avant son arrivée en France: La force H du vice-amiral James Sommerville, venant à pleine vitesse cap au nord de Gibraltar. En effet à ce moment, le Renown qui accompagnait l'Ark Royal était en bonne position pour intercepter le Bismarck, mais après la perte du Hood l'amirauté ne voulait pas risquer un second croiseur de bataille contre le cuirassé Allemand. Aussi, la Force H se retrouva en chasse cap est-sud-es du Bismarck, avec derrière lui à faible distance el croiseur Sheffield. Le 26 mai à 8h35, le porte-avions Ark Royal lançait ses Swordfish. Vers 11h14, l'un d'eux aperçut le cuirassé, bientôt suivi par un second appareil. Deux autres vinrent les relever afin de garder le contact. La Force H était alors suivie de près par le submersible U-556, mais ce dernier revenant de l'atlantique en ayant plus de torpilles ne pouvait rien tenter.

A 14h50, pas moiins de 15 Swordfish décollaient de l'Ark Royal chargés de torpilles et trouvaient leur cible à 15h50 grâce au spot radar enregistré par l'avion de tête. la visibilité était très mauvaise, mais la silhouette du navire se détachait dans la brume lorsque les vieux biplans passèrent à l'attaque: La première vague lança 11 torpilles dont 6 que le commandant du Sheffield évita habilement, tandis que les autres au système de mise à feu magnétique déficient explosaient en touchant l'eau ou larguage ou en croisant les turbulence du sillage du croiseur. La seconde vague ne passa pas à l'attaque après que le premier Swordfish reconnût le navire Anglais. A 17h00, les avions rentraient au porte-avions pour un ravitaillement. Ces opérations longues ne laissaient que peu de temps avant le crépuscule pour une nouvelle attaque. Une autre attaque de nuit étant promise à l'échec, aussi la dernière de la soirée était capitale: Le lendemain, le cuirassé entrerait dans une zone à la fois couverte par la Luftwaffe et les U-Bootes. Aussi, à 19h15, l'escadron de 15 Swordfish décollait de nouveau avec des torpilles équipées cette fois de déclencheurs de contact. A 20h47, l'escadron passait à l'attaque dans une meilleure visibilité. La DCA du géant se déchaîna une fois encore. Et cette fois encore, son commandant le manoeuvra de main de maître, évitant les 15 torpilles sauf deux: L'une toucha le bâtiment à la ceinture bâbord, sans dommages, mais l'autre vint exploser sur le guide du gouvernail qui était alors braqué à 12° dans une manoeuvre serrée.

Les conséquence de ce seul impact furent considérables: La salle de la barre étant immergée et les compartiments adjacents inaccessibles à cause de la tôle tordue, les plongeurs ne pouvaient même pas espérer la réparer dans les temps. ( on envisagea même de remettre en position le gouvernil en déclenchant une explosion de l'autre côté, mais cela risquant d'endommager les arbres d'hélice, on renonça à cette idée, de même qu'à celle de compenser l'écart en se servant de la propulsion tribord. Désormais privé de la capacité de se servir d'une barre bloquée dans la même position, le cuirassé se voyait entamer un long cercle qui l'amènerait à tourner le dos involontairement à la côte Française, mais pire, de se trouver maintenant à la merci de ses poursuivants. Durant des essais de compensation moteur, le Bismarck entama une course erratique et vint à le rencontre du Sheffield. Ce dernier, encadré de près, trouva le salut dans la fuite et un nuage de fumée. A 22h38, la 4e flotille de destroyer commandée par Philip Vian, futur amiral, détecta le cuirassé grâce au Piorun, le destroyer Polonais le plus en pointe. Le temps était alors mauvais, et le Piorun faillit être détruit par les tirs du Bismarck.

Toute la nuit les 5 destroyers passaient à l'attaque à la torpille, envoyant des obus éclairants dont l'un d'eux alluma sur le pont du Bismarck un début d'incendie. Dans le gros temps et la pluie, aucun impact ne fut enregistré tandis que les destroyers manoeuvraient avec adresse pour éviter la destruction devant le feu nourri du bâtiment. L'un d'eux, le Cossack, déjà célèbre pour son attaque de l'Altmark en Norvège, perdit le contact radar à cause d'un impact très proche, son antenne étant écrasée par des tonnes d'eau de mer. A 7h00, les destroyers renoncèrent à poursuivre leurs actions, ayant déjà lançé 16 torplles sans résultats. Malgré ce succés pour Lütjens, le répit était de courte durée: Ce n'était qu'une question d'heures avant que les grosses unités Britanniques n'arrivent. Le Bismarck s'enfonçait de l'avant, faisant "soc de charrue" dans d'énormes vagues: On en était à une mer de force 8. Le cuirassé blessé se traînait à 7 noeuds contre le vent.

Enfin à 8h43, à 23 000 mètres, le King georges V et le Rodney infléchissaient leur course pour se placer en ligne de bataille. Désormais tout léquipage était tendu. A deux contre un, avec une faible vitesse et une incapacité à gouverner correctement, le Bismarck n'était plus qu'une forteresse d'acier attendant l'hallali. Son artillerie et ses télémètres étaient intacts, sa puissance de feu était donc pleinement opérationnelle et la résolution de tous était absolue. A 8h47, le Rodney ouvit le feu à 20 000 mètres, suivi du KGV. Puis, au fut et à mesure que la distance chutait, le croiseur Norfolk fit de même avec ses pièces de 203 mm. Lorsque l'artillerie secondaire des cuirassés Anglais aboya à son tour vers 9h00, le Bismarck répliquait par ses 4 pièces de 380 mm arrières et ses 4 pièces 152 mm latérales. Les Britanniques totalisaient 10 pièces de 356, 9 de 381 mm, et 8 de 203 mm. A 9h02, le premier impact grave priva la Bismarck de son poste de télémétrie principal sur la tour de passerelle. Deux minutes plus tard, le croiseur Dorsetshire ajouta ses 8 pièces au concert d'acier. Le tir du Bismarck, gêné par la houle, restait efficace du fait du transfert du central de tira u poste arrière. C'est alors qu'à 9h13, au moment ou la dernière salve du Bismarck avait encadré de très près le KV et qu'il se préparait à faire mouche, un obus de 356 mm vint faucher le central de tir.

A présent, les deux tourelles arrières du Bismarck continuaient le tir avec leurs télémètres popres, inneficacement. Bientôt, un tir du Rodney musela la tourelle "Dora", la dernière. Peu de temps après, ce fut au tour de la tourelle "Caesar". Le Bismarck désemparé continua de faire feu avec ses 152 mm. Mais ces tourelles furent bientôt également contraintes au silence. La pluie de fer et de feu continua alors même que le géant Allemand désemparé n'était désormais plus qu'une cible désarmée. Le commandant décida à 9h34 de l'évacuer et de le faire saborder. Mais alors que les cuirassés Anglais s'étaient approché à 3000 mètres, le feu roulant continuait. A celui-ci, des torpilles s'ajoutaient, venant frapper le bâtiment à la ceinture. Mais le léviathan était toujours à flot, en feu, donnat de la gîte et pratiquement immobilisé. A 10h00, l'équipage sautait à la mer. On ne pouvait plus guère abattre le pavillon de guerre qui flottait encore au vent. A 10h16, les cuirassés de Tovey cessèrent le feu à court de carburant et de munition. Le Bismarck flottait toujours.

Alors que la fin était proche, un escadron de Swordfish était survenu à 10h15 mais était resté asgement à l'écart pour éviter d'être fauchés par les tirs Anglais. Ils fuent même pris par méprise pour des avions de la Luftwaffe et le KGV ouvrit le feu contre eux avec ses 133 mm, sans résultats. Maintenant ne restaient plus que les croiseur Anglais qui envoyèrent des bordées de torpilles, tournant autour du géant agonisant à 2500 mètres. Mais aucun des impacts ne fit couler le navire. Mais sa gîte augmenta encore. A court de torpilles les croiseurs Anglais pensaient l'achever avec leurs pièces de 203 mm, mais à 10h39 enfin, il commença à chavirer et à couler: Son propre équipage avait ouvert toutes les vannes accessibles. Après trois quart d'heure d'un martellement incroyable, le fleuron du IIIe Reich, qui avait encaissé peut-être 600 impacts que les 2876 obus tirés, sombrait au fond du Golfe de Gascogne.

800 marins avaient pu évacuer le cuirassé avant qu'il ne pique droit vers les profondeurs, entraînant avec lui tous ceux qui étaient restés à bord et ceux qui avaient tardé à s'éloigner à la nage, par aspiration. Sous la menace des U-Bootes, le Dorsetshire et le Maori recuillirent une centaine d'hommes, puis le croiseur espagnol Canarias arrivé sur place depuis El Ferrol, mis un peu tard pour les survivants qui moururent entre temps de fatigue et d'hypothermie dans des eaux à 13°. 115 hommes échappèrent à la mort. Hitler depuis ce jour commença à douter des théories de guerre au commerce en surface développées par Raeder et commença à se tourner vers Dönitz. Le Jumeau du Bismarck, le Tirpitz, ne tenta jamais de telles sorties et resta sagement ancré dans un fjord Norvégien pour la durée de la guerre. Ainsi se terminait l'un des épisodes resté les plus fameux de la seconde guerre mondiale.

 
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