La bataille du cap Matapan (28-29 mars 1941):

 

Carte des opérations.

Sans doute la plus retentissante victoire Britannique en méditerranée, la bataille du cap Matapan ( qui fut en réalité livrée au sud du péloponnèse, au large, à l'est de la crête ), fut un nouveau coup très rude porté à Regia marina après l'attaque de Tarente. Suite à cette attaque, celle-ci avait perdu l'usage de trois cuirassés encore pour quelques temps, et avait surtout dû retirer le gros de ses forces de la base pour les replier plus au nord en les dispersant entre différentes bases. Cette bataille se situe juste au moment de la fin de la campagne des Balkans. les armées Britanniques qui se rembarquèrent ne furent pas inquiétées par la flotte Italienne parceque celle-ci était sortie exsangue de ce nouvel affrontement. C'est au départ la tentative élaborée par le comano supremo, en concertation avec les forces Allemandes, d'attaquer les convois de troupes entre l'Egypte et la Grèce.

Après une longue élaboration, le plan est finalisé et lancé le 15 mars sous le commandement de l'amiral Angelo Iachino. Une longue préparation y préside et l'opération doit être une double offensive menée à la fois au nord et au sud de la crète. Partant de quatre ports ( Messines, Naples, Tarente et Brindisi. ). Elle comprend le cuirassé Vittorio Veneto, trois croiseurs lourds de la classe Zara, et également le Bolzano, le Trento et le Trieste, les deux croiseurs légers de la classe Abruzzi, et neuf destroyers répartis en quatre escadres commandées par Iachino, le commodore Legnani, les amiraux Sansonetti et Cattaneo. La difficulté vient du fait que les Britanniques ont constitué des bases aériennes en Crète, et que l'appui aérien demandé instamment par Iachino est théorique. En réalité il n'y a aucune coordination entre la flotte et sa couverture aérienne. Le Xe corps de la Luftwaffe cependant assurera le bombardement de Malte tandis que l'aviation Italienne s'occupera de la Crète.

Par ailleurs, des sous-marins ont étés placés en observation et des missions de reconnaissance se succèdent à intervalle régulier sur un large front, et plus particulièrement vers la baie de Sude, seul lieu de rassemblement en crète méridonale de la Royal Navy. L'appareillage des forces Italiennes intervient le 27 mars. Les conditions météo sont mauvaises: La mer est grosse, la visibilité réduite, mais les différents groupes cinglent vers l'est. A Alexandrie, au QG de la Royal Navy, l'amiral Cunningham suit de près les mouvements de la flotte Italienne grâce à ses espions et à ses services de renseignement qui ont interprêté les missions de reconnaissances de l'axe et les déchiffré les messages codés Italiens. Vers midi, un Short Sunderland aperçoit la flotte Italienne s'approchant du sud de la grèce, et aussitôt Cunningham donne l'ordre à la Force B sous le commandement de l'amiral Pridham-Wippell d'appareiller du Pirée et de se placer derrière l'île de Gavdos ( Sud-ouest de la crète ) pour le 28 Mars. De son côté Cunningham fait croire à l'attaché naval du Japon, qui espionne les Britanniques à Alexandrie pour le compte de l'axe, qu'il part se reposer à terre alors qu'en fait il embarque plus tard à la tombée de la nuit avec le gros des forces navales Britanniques de l'est.

Forces Britanniques   Forces Italiennes  
Amiral A. Cunningham   Amiral A. Iachino  
3 1
1   0
4 8
12 13

Le landemain vers 14 heures, Iachino est au courant de la détection de sa flotte après avoir intercepté le message du Sunderland en reconnaissance. Comme il redoute de se voir en infériorité numérique, il donne l'ordre à ses forces d'annuler l'opération au Nord de la Crète pour se regrouper au sud. A l'aube, les avions de reconnaissance du Vittorio Veneto aperçoivent la Force B de Pridham-Wippell à l'est de Gavdos. Comme celle-ci ne comprend que quatre croiseurs ( Ajax, Gloucester, Orion, Perth ) et quatre destroyers, il se voit en position de force et cingle vers cette dernière. Comme prévu, Pridham-Whipell, après un bref accrochage à partir de 7h45 jusqu'à 8h30, se replie vers le gros des forces de Cunningham. Ce dernier à sous ses ordres les trois cuirassés Warspite, Valiant et Barham, suivis du porte-avions HMS Formidable et 9 destroyers. Bien qu'ayant une large supériorité numérique, les Italiens de l'escadre de l'amiral Sansonetti ( les trois croiseurs Bolzano, Trento et Trieste ) ne parviennent pas à toucher les navires Britanniques: La visibilité est mauvaise. Sansonetti décide d'abandonner la poursuite et fait volte-face pour regagner le Vittorio Veneto de Iachino. Pridham-Wippell fait également demi-tour et garde le contact avec les Italiens.

C'est alors que les croiseurs de Sansonetti rejoignent à 10h00 le Veneto et ouvrent le feu de nouveau sur les croiseurs Britanniques qui entament une seconde fuite qui manque de se transformer en déroute: Les gros calibres du Veneto les encadrent de près, et ceux des croiseurs lourds également. Les pièces légères de 152 mm des Anglais ne peuvent rivaliser et ils ne durent leur survie qu'au déploiement d'un intense nuage de fumée et à d'habiles manoeuvres. Une nouvelle poursuite s'engage. C'est alors qu'à 11h30, les Italiens renoncent à celle-ci et font route vers le nord-ouest: Fondant du ciel, des bombardiers-torpilleurs Fairey Albacore venus du Formidable attaquent ses bâtiments, mais sans enregistrer de coup au but. Sentant ses forces vulnérables, Iachino, faute de couverture aérienne avancée, décida de se replier.

Peu de temps après, la Force B avait rejoint la flotte du Cunningham et l'avait informé de la composition de l'escadre Italienne. Ses vieux cuirassés étant trop lents pour rattrapper les forces Italiennes, il fait donner de nouveau la Fleet air arm afin de ralentir es Italiens. A 14h00, des bombardiers venant de crète pilonnent à haute altitude les Italiens, sans résultats. Ce dernier fait route à Tarente, espérant une rapide intervention de l'aviation. Une nouvelle attaque d'appareils du Formidale survient à 15h20, pratiquement au même moment ou avait lieu de pilonnage des avions de haute altitude, qui fixaient l'attention des servants de la DCA. Attaquant au raz des vagues, les appareils signent un coup au but sur le Vittorio Veneto, au niveau de l'hélice babord. C'est une très séreuse avarie: La barre est bloquée, les brêches font entrer plus de 4000 tonnes d'eau de mer dans les salles des machines dont les compartiements sont évacués. Machines stoppées, le Veneto est désemparé. Les mécaniciens feront alors l'impossible pour lui permettre de repartir avant l'arrivée de Cunningham: Ils mettront une demi-heure.

Il repartira péniblement à 16 puis 20 noeuds, suffisant pour distancer les cuirassés Britanniques. Pour sauver son bâtiment-amiral, Iachino le fait encadrer et protéger par le rideau de DCA de tous ses croiseurs lourds. Ceux-ci, ouvrant le feu et aveuglant les pilotes Anglais de la troisième vague avec leurs projecteurs à pleine puissance, mettent preque en déroute ces derniers, abattant un appareil, seule perte de la bataille. Mais un de ces avions met un coup au but sur le Pola. C'est alors que l'amiral en chef prend une décision malheureuse. Ignorant que le gros des forces de Cunningham s'approche ( les Italiens n'ont pas de radar, contrairement aux Anglais, et ceci pèsera lourd dans le bilan de la bataille ), il donne l'ordre au Zara et au Fiume de prendre en remorque l'infortuné bâtiment afin de le ramener à Tarente pendant qu'il replie ses forces.

Au crépuscule, le Pola est effectivement rejoint par le Zara, en tête de file, suivi du Fiume et des destroyers, à petite allure. A 22h25, Cunningham qui suit de près les mouvements des bâtiments Italiens grâce à ses radars, se rapproche d'eux sans crier gare, tous feux éteints. Les Italiens ignorent tout de la proximité des cuirassés Anglais jusqu'à ce que ceux-ci se soient approchés à 3500 mètres seulement et braquant leurs projecteurs à pleine puissance sur les Italiens, ouvrent un feu meurtier: En quelques minutes, les trois navires ne sont plus que des torches flottantes. Le Fiume à sa coque rompue par les explosions et coule en quelques minutes, entraînant avec lui le gros de son équipage, le Zara flambe mais refuse de couler, et le Pola, également la proie des flammes, mais sans doute le moins "amoché" des trois, fait face à une panique généralisée de son équipage qui saute à la mer malgré les ordres de son commandant. Le destroyer Jervis profite de cette panique pour l'aborder sans être inquiété et y faire grimper une compagnie de fantassins de marine qui font prisonniers les officiers et prennent possession du navire en quelques minutes...

Le bilan de ce dernier acte de la bataille est relativement grave pour les Italiens qui perdent d'un coup trois croiseurs lourds, considérés comme parmi les meilleurs jamais construits, mais aussi deux destroyers, l'Oriani et le Carducci, et voient le Veneto immobilisé pour de longues réparations. Le Zara, en en feu de la proue à la poupe, donnant de la gîte par babord jusqu'au landemain, sera torpillé par les destroyers de la 14e division du capitaine de Vaisseau Mack tandis que l'on envisagera de remorquer à Alexandrie le Pola comme prise de guerre, humiliation suprême pour Mussolini, digne des temps de la marine à voile. Mais Cunningham y renonça en raison de la menace toujours latente de l'aviation Allemande et Italienne et repliera ses forces. Le Pola sera torpillé et les survivants seront repêchés par le navire hôpital Gradisca.

La bataille, si elle découragea les Italiens à d'autres action de grande envergure ( si ce n'est grâce à l'appui de l'aviation ) fit aussi la preuve de l'utilité de l'aéronavale commme du radar. Les Italiens digèreront aussi la leçon et mettront en chantier la reconversion de deux paquebots, l'Aquila et le Sparviero, en porte-avions, tandis qu'une commission fut chargée de faire venir d'Allemagne des ingénieurs et matériel afin d'équiper ses navires de radars.

 

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