Quinquérème Romaine

Une Quadrirème Romaine, première guerre Punique, 260 av.JC.

Quinquérème Romaine

Une Quinquérème Romaine, Rome impériale, 68 ap.J.C.

Les opérations navales durant la première guerre Punique furent déterminantes pour la victoire des armes Romaines. Même jouant de malchance en perdant deux flottes suite à la défaveur des Dieux (Tempêtes), les forces navales Romaines constituées à la hâte, mais pas, dans l'imagerie classiquement entretenue, copiée des constructeurs grecs ou d'un navire Carthaginois capturé et répliqué en grande quantité, car Rome avait depuis longtemps entretenue ponctuellement de petites flottes par l'entremise de Tarente ou de Syracuse, et eu accès bien avant 200 av. J.C. a la mise en oeuvre de Pentécontores, Birèmes et Trirèmes. Ce ne fut que lorsque que le nouveau standard Grec devint la "4" ( Tétrère ) développée avec succès par Rhodes et reprise par les Carthaginois (voir navire de Marsala), que les Romains firent à leur tour bon accueil à ce type de bâtiment, à peine plus grand que la trière mais ayant une plus grande force de manoeuvre. Il n'empêche que la légende veut encore qu'en capturant une Tétrère Rhodienne servant de navire rapide à la flotte Carthaginoise, les Publicains Romains l'aient fait répliquer en masse et en un temps record à 200 exemplaires, constituant la première flotte de Rome.

L'illustration du haut ici présente décrit une quadrirème de l'époque de la Rome républicaine, vers 260 av.J.C. C'est l'une des toutes premières "Tétrères" Romaines, et sa construction dénote d'influences Grecques et de particularités Romaines: La poupe, encore complexe, est clairement d'inspiration grecque. Par la suite, les navires Romains simplifieront leur coque à l'arrière, et remplaceront la figure de poupe recourbée par un simple prolongement de la quille, notamment pour simplifier la construction. La coque est haute, mais renforcée par des porques qui font saillie entre les apostis, et un renfort longitudinal court depuis la proue à la poupe, sur lequel un épais cordage vient solidariser la poupe. Six machines de jet sont visibles, dont quatre balistes latérales et deux scorpions à l'avant. Un corbeau est bien visible à l'avant ( la fameuse passerelle d'abordage Romaine ), solidarisée au mât avant. L'utilisation de deux mâts à plusieurs avantages: Il permet de brasser plus facilement deux voiles moyennes qu'une très grande, et ensuite les mâts se replient plus facilement en cas de manœuvre. Il n'est pas certain que comme les Hellènes, les Romains laissaient au port systématiquement leurs mâts et voiles en cas de bataille. Enfin, les esprits avisés auront noté qu'ayant deux rangées d'avirons, cette galère était une birème. En fait, la configuration standard d'une Tétrère était de deux thranites ( banc du haut ), un zygite ( milieu ), et un seul thalamite ( bas ) par bordée, manoeuvrant trois avirons sur trois rangée, comme la trière, ou bien deux Zygites et deux Thalamites maniant deux rangées d'avirons. On présume de nos jours que les "4" et "5" et au-delà avaient au maximum trois rangs de rames. Mais rien interdisait de construire un navire à deux rangs, comptant plus de rameurs par aviron, en l'occurrence trois zygites et deux thalamites par bordée. Pour exemple, la Heptère Grecque. Cependant la plupart des bas-reliefs et rares mosaïques précises attestent de l'utilisation de "navires cataphractes" à trois rangées d'apostis ( donc de rames ).

La seconde illustration du bas étonne par contraste en décrivant un modèle de quinquérème lourde (un pléonasme pour les navires Romains), de la flotte de Misène. Le style, d'emblée, à changé et se fait plus latin. On sent encore la présence de l'art grec dans la figure de poupe, bien que simplifiée, et conçue dans le prolongement de la quille, une caractéristique volute à l'avant, qui se voit devenir une immense et pompeuse figure de style. On remarquera également l'éperon à l'avant, relevé en bec inspiré des éléments présents sur les galères les plus rapides ( dont les fameuses Tétrères Rhodiennes ). Deux tours d'archers sont présente, bien que la norme soit d'une seule à l'arrière en général. Des scorpions et catapultes sont visibles tout du long. Il n'y a plus de boucliers fixés aux rambardes, mais un véritable pavois décoré de pseudo boucliers sculptés. Caractéristique récurrente sur les bas reliefs précis, cette quinquérème possède une figure de proue, l'anti-rostre, ici un hommage aux guerres menées en Afrique par le légendaire Scipion, mais pas d'yeux peints. Ce symbole sacré censé guider le navire dans des eaux incertaines a probablement disparu des préoccupations pragmatiques de l'armée Romaine. L'invention de la proue "moderne" est bien là. Les Byzantins adopteront plus tard une tête de lion dotée d'un siphon lance-flamme.

Toutefois les Grecs et les Égyptiens anciens donnèrent à leurs rostres des formes animales, avant que cet instrument ne se normalise comme une arme. La fonction d'éperonnage à commencé à disparaître sur les navires Romains après la chute de la dernière grande flotte hellénistique, celle des Lagides. Le gréement se compose de ce qui se fait de mieux à l'époque, une grand-voile surmontée d'un supparum, ébauche de voile d'étai, et une voile de beaupré destinée aux manoeuvres, et à rendre maniables ces monstres construits en Cèdre. Le mât de beaupré était répandu aussi bien sur les pentécontores que les trières et autres galères classiques. Cette quinquérème longue approximativement de 58 mètres pour 7 de large, a pratiquement les dimensions d'une décère ( entre 60 et 80 mètres ). La configuration en deux rameurs par aviron était déjà faible pour le poids redoutable de ces navires qui restaient lents. Leurs armes de jet et leurs troupes embarquées ( ici environ 130, une fraction de cohorte ), font la différence. De tous les emplois de l'empire Romain, celui de rameur à bord d'une galère était donc peu enviable et peu désiré. Mais les conscrits qui s'y retrouvaient trouvaient une solde et échappaient ainsi à la misère. Il s'agissait de provinciaux de régions peu favorisées en général, qui après 26 ans de service pouvaient prétendre à la citoyenneté Romaine et à ses avantages. Sa nage était composée de trois zygites et deux thalamites par bordée. Il est possible que ces derniers aient étés debout. Sous le compartiment de nage, totalement fermé et probablement malodorant et suffocant, se trouvait une cale suffisamment haute pour qu'un homme s'y tienne debout. On y trouvait du lest sous forme de pierres ou de plomb, mais aussi des réserves d'eau considérables sous la formes d'outres en cuir tendues, des jarres remplies de viande séchée et de fruits secs car il arrivait que les flottes Romaines soient plus longtemps en mer, notamment dans des "croisières punitives" comme celles menées à l'époque impériale contre la piraterie et ses nombreuses bases disséminées en méditerranée orientale. Le gréement devint de ce fait plus important, servant le plus souvent afin d'épargner la santé des rameurs, dont la force était mise à l'épreuve durant les manoeuvres guerrières uniquement. Il est d'ailleurs couramment admis actuellement que les mâts n'étaient jamais déposés.

Autant la trière Grecque était suffisamment aérée et légère pour être halée au sec, la trirème Romaine, renforcée, au pont complet était bien plus lourde mais manquait encore de puissance. Avec un ou deux rameurs supplémentaire par bordée, le problème semblait résolu. Des quinquérèmes furent commandées aux citées Grecques proches, puis répliquées et adaptées, et engagées en masse durant la première guerre Punique. Ce nouveau standard développé par les Cités Grecques et les grands empires Hellénistiques ( Macédoniens, Lagides, Séleucides... ), mais aussi les Carthaginois, était la Pentère, que les Romains pragmatiques adaptèrent, notamment pour contrer les navires Carthaginois, plus légers, et ils se concentrèrent sur la construction de Quinquérèmes. Ces dernières, bien que plus chères à construire, manoeuvrant plus puissamment mais moins véloces, disposaient surtout d'un redoutable arsenal composé de balistes, scorpions et catapultes, destiné notamment à détruire les avirons des galères adverses, mais aussi plus de place pour d'avantage de troupes, dont la fameuse infanterie lourde Romaine, des soldats entraînés à terre et sommairement adaptés, contrairement aux fantassins marins des Carthaginois, inspirés des épibates Grecs. A ce premier avantage de troupes supérieures en nombre, les Romains y ajoutaient leur science d'utilisation des archers ( Tours ) et armes de jet, la hauteur supérieure de leurs bâtiments, et enfin le "corbeau", fameuse passerelle orientable munie d'un pieu qui se fichait sur le pont ennemi, permettant un abordage facile, et dont voici une description de Polybe:

"...leurs vaisseaux (les Romains) étant mal construits et difficiles à faire manoeuvrer, quelqu'un leur suggéra d'utiliser, pour combattre dans de meilleures conditions, un certain engin, qui devait par la suite être désigné sous le nom de "corbeau". Voici comment cet appareil était conçu: Un poteau rond, dont la hauteur était de quatre orgyres et le diamètre de trois palmes, était dressé à l'avant du navire. A son sommet se trouvait fixée une poulie et autour du mât lui-même il y avait une passerelle faite de planches clouées transversalement, large de quatre pieds et longue de six orgyres. Le trou par où passait le poteau était de forme ovale et situé à deux orgyres de l'extrémité inférieure de la passerelle, le long de laquelle s'élevaient deux garde-fous s'élevant de part et d'autre à hauteur du genou. A l'extrémité supérieure de la passerelle était fixée une masse de fer en forme de pilon, terminée en pointe et portant dans sa partie supérieure un anneau. L'ensemble se présentait ainsi l'apparence d'une machine à broyer le blé. A l'anneau se trouvait attaché un câble qui, passant dans la poulie, permettait, quand il y avait abordage, de relever la passerelle le long du poteau pour la laisser ensuite retomber sur le pont du bâtiment adverse, soit en la dirigeant vers l'avant, de façon qu'elle dépassa la proue, soit en la faisant pivoter sur le côté, lorsque le heurt se produisait de flanc. Le corbeau une fois planté dans le pont du navire ennemi, les deux bateaux restaient attachés l'un à l'autre. Quand ils se trouvaient flanc contre flanc, les Romains s'élançaient à l'abordage sur toute la longueur du pont, ou bien, quand ils étaient proue contre proue, s'engageaient deux par deux sur la passerelle elle-même pour assaillir l'adversaire. Ceux qui s'avançaient les premiers de front en tendant devant eux leurs boucliers, tandis que les hommes qui qui venaient ensuite couvraient leurs flancs en appuyant le bord de leur bouclier sur le garde-fou." (Polybe, Histoire, Livre I, Chap. I, 22.).

L'autre arme utilisée était le dauphin. C'était une masse acérée de plomb, pendue à une vergue et assurée par une poulier reliée à une roue et fermement attachée. Lorsque les deux bâtiments se trouvaient de flanc, ce poids chutait, transperçait le pont, puis la cale du bâtiment ennemi, afin de créer une voie d'eau qui mettait en péril sa flottabilité. Les Romains développeront beaucoup plus tard, notamment dans leur lutte incessante contre la piraterie, une infanterie de marine propre. Les Quinquérèmes et Quadrirèmes ( termes trompeurs pour des générations d'archéologues et d'historiens car "quintus remus" signifie cinq rames ) seront abondamment utilisées jusqu'à la bataille d'Actium, qui marque la fin de la dernière puissance navale Hellénistique, celle des lagides, et la fin des hyper-galères classiques. N'ayant plus que la piraterie à combattre, les Romains revinrent à des navires plus petits, et les quadrirèmes même commencèrent à se faire plus rares, au profit des "liburner", dérivées de hemioliae pirates.